LA DIAGONALE DU VIDE N°7



Je me lève de mon lit, heureux, il fait beau. Je me prépare en vitesse, faudrait pas que je rate tout ça, ça y est c’est le printemps putain ! La fièvre d’un soleil qui s’est foutu de nos gueules pendant quatre mois m’a manqué. Force est de constater qu’il m’était nécessaire qu'un léger vent chaud survienne pour que la vigueur de ma jeunesse remonte telle une poulie qu’un gros type, poilu avec des muscles qui brillent, tire en sifflant un air brûlant. Eh oui, je bande.


L’érection en avant, telle un long pif qui guide la route, je me pose au coin de mon balcon pour détailler les possibilités en cette magnifique journée. Et là, ça me frappe comme un coup de batte en plein dans la rétine, avec la lueur du regard de mon voisin qui décidément est toujours là au pire moment, et je m’effondre dans mon canapé. Bloqué dans ces lieux et ayant oublié la condition de ces pays perdus par le néolibéralisme et l’absence de masques, je me rappelle que si je sors trop friand des joies aimables de la vie, du picon et de la bière, je n’aurais que des façades fermées en me pointant à mes bars préférés. Poète (encore), je deviens obscur. La radio me répète qu’aucune joie n’est possible en ces journées ternes. Après avoir transpiré en un ridicule ‘shadow’ avec des low kicks péniblement exécutés, je décide, avec le dépit des circonstances, d’exécuter fièrement une branlette qui sauvera peut être cette journée de merde.

A peine installé pour cet instant de retranchement personnel, des voix m’assaillent. Celle du Père Frédéric, un vieux barbu qui nous expliquait que se branler c’était tout simplement un assassinat. On était là, autour de lui, choqués de l’annonce. Une putain de bande d’assassins. Tous le savaient, au fond du blanc des yeux, au souvenir des branlettes dans les coins de porte, celles dans les chiottes entre le plat et le dessert, honteusement exécutées malgré les bruits et les voix. “Un assassinat”, il l’avait répété, dans un soupir. Et, Dieu merci, on s’était tous dit, “Lui aussi se branle, pour sûr”. Y en avait un, je crois que c’est moi, qui avait même acquiescé avec une petite moue : “Oui, c’est un gros dégueulasse, certainement”.

Je me lève brutalement, putain Père Frédéric enculé ! Je t’en vais assassiner une demi douzaine de bâtards, qu’est-ce que tu veux qu’on foute, on peut plus picoler ! Le voisin est toujours là en face, il me sourit, ce pervers fielleux. Je ferme les rideaux d’un coup, c’est certain qu’il est là pour moi. Je me demande pourquoi mais en fait je ne veux pas vraiment savoir.

Au moment où le calme revient, que mon souffle reprend un rythme tribal et exotique, j’entends la sonnette stridente de ma porte d’entrée. Vite je remballe ma bite, essoufflé et heureux, j’ouvre la porte sur ma voisine en peignoir.

Georges