LA DIAGONALE DU VIDE N°3



Comment il fait froid ? Les bâtards dehors se serrent pendant les contrôles, attrapant une chaleur perdue dans les rayons glacés d’un soleil super hautain, qui nous mate comme des merdes en inondant de lumière un Paris silencieux, pour une fois.


Poète, je me balade avec mon masque sur le visage, un paquet de PQ sous le bras (deux c’était interdit), j'esquive les shtars qui se tiennent les hanches en dévisageant ce clochard sale qui doit être confiné, mais où ? Je m’arrête et ils se retournent, en choeur : “Circule”, et j’le fais, la flemme. J’essaye d’élaborer des stratégies qui pourront recouvrir d’arguments ma lettre à la juge : “Madame, j’veux pas aller pointer, vos keufs sont tous infectés c’est sûr, et ils ont les doigts plein de la mayo’ de leur grec quand ils tiennent ma carte d’identité. Alors c’est sûr que leurs postillons inonderont mes papiers, que je vais mettre dans ma poche, puis ma main ira dégotter une crotte de nez d’un coup sec - bref, jvais m’niquer la santé, Madame, alors s’te plait, lâche-moi la grappe.”


La greffière, à la vue de mon écriture pointue, va repousser ma correspondance avec dégoût, c’est certain. Alors j’y vais, au tribunal, leur dire. Mais comment ? Le métro, c’est chaud, là-bas tu l’choppes à coup sûr. Le bus, pareil. A pied ? Non c’est mort. Puis, un ptit bip me fait tilter, mon portable me fait de l’oeil, je l’ouvre et c’est un pauvre gars avec un nom qui m’dit quelque chose, les cheveux super sales et une barbe très jaune comme les chiens qui shlinguent qui s’affiche, direct. Il a une blouse qui annonce le délire. Raoult ressemble étrangement à Raoul, avec 20 ans de d’avance. Et lui il a trouvé la soluce’ bande de gueux : faut juste prendre un médoc et t’es guéri - trouduc’.

Raoult plein la tête, je rentre chez moi. La voisine d’en-dessous ouvre la porte à mon passage, et pendant que j’enfonce la clé dans la serrure, elle me demande si “par hasard” ça serait pas moi qui foutrait la merde jusqu’à deux heures du matin tous les soirs. J'la regarde, comme ça, et j’dis : “Ouais”.

Georges